Accomplissement et Application (Q&R 20)

Q20. Dieu, a-t-il laissé toute l’humanité périr dans l’état de péché et de misère ?

R20. Dieu, ayant élu certains à la vie éternelle de son simple plaisir, est entré dans une alliance de grâce pour les délivrer de l’état de péché et de misère, et pour les faire entrer dans un état de salut par le moyen d’un Rédempteur.

La question 20 du catéchisme introduit une nouvelle sous-section de cette partie qui nous enseigne ce que nous devons croire par rapport à Dieu.

Dans les questions suivantes nous nous rappellerons que, dans la théologie chrétienne, il y a des distinctions — des points où il faut distinguer sans séparer. Nous avons déjà croisé ce genre de point — par exemple nous distinguons entre les trois personnes de la Trinité mais sans les séparer.

Nous croiserons ici la distinction entre (ainsi que l’importance de ne jamais séparer) l’œuvre et la personne du Christ, les deux natures du Christ, les trois offices du Christ, les deux états du Christ. Mais avant d’y attaquer il faut reconnaître une autre distinction — celle entre l’accomplissement du salut et son application.

Dès le début, Dieu a révélé que l’évangile a deux éléments clés. Il y a l’accomplissement de la rédemption — ce que Dieu fera dans le monde, dans l’histoire pour accomplir le salut. On en parle parfois avec le terme latin « historia salutis. »

Ensuite, il y a l’application de la rédemption, ou le « ordo salutis » — comment Dieu applique ce qui a été accompli à des personnes particulières pour qu’elles puissent profiter de cette accomplissement.

Ces deux éléments se voient dans la question 20:

« pour les délivrer de l’état de péché et de misère, et pour les faire entrer dans un état de salut » — application / ordo salutis

« par le moyen d’un Rédempteur » — accomplissement / historia salutis

Ces ceux aspects se voit même dans la première annonce de l’évangile dans Genèse 3.15. On prête souvent attention à l’annonce de l’accomplissement qui se trouve ici, mais on saute souvent l’annonce de son application:

Dieu dit au serpent: « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance [— APPLICATION]. Celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui écraseras le talon [— ACCOMPLISSEMENT]. »

L’accomplissement du salut se verra dans l’œuvre de la descendance qui écrasera la tête du serpent, et l’application se verra dans le fait que Dieu mettra lui-même inimité entre le serpent et la femme et entre leurs descendances.

Nous verrons donc, dans les questions 21-38 la distinction entre l’accomplissement du salut, et son appliction.

Un livre essentiel qui traite ce sujet vient de sortir en français — « La Rédemption: Accomplie par Jésus-Christ, Appliquée par le Saint-Esprit » par John Murray. Je le recommande vivement !

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Adam II (Q&R 20)

Q20. Dieu, a-t-il laissé toute l’humanité périr dans l’état de péché et de misère ?

R20. Dieu, ayant élu certains à la vie éternelle de son simple plaisir, est entré dans une alliance de grâce pour les délivrer de l’état de péché et de misère, et pour les faire entrer dans un état de salut par le moyen d’un Rédempteur.

Souvent, lorsque nous voulons décrire le problème auquel l’humanité fait face, nous le décrivons souvent en termes des implications de l’état dans lequel nous sommes — l’état de péché et de misère. Nous parlons de la colère de Dieu, la mort, la perte de communion avec Dieu, etc. Et ce sont tous des vrais symptômes de notre problème. Mais le problème-même, c’est que nous sommes dans l’état de péché et de misère, et cela, à cause du fait que nous avons tous le mauvais représentant fédéral, le mauvais représentant d’alliance — Adam I, qui a transgressé l’alliance de la vie.

La solution au problème, donc, c’est une nouvelle alliance, avec un nouveau représentant, qui nous permettrait d’entrer dans un autre état — un état de salut.

Dans un sens, cette deuxième alliance est pareille à la première alliance de la vie: Adam (un deuxième Adam) doit obéir à la loi de Dieu parfaitement, et en récompense, il se fera entrer dans l’état de gloire — lui et ceux qu’il représente. Les deux Adam doivent servir Dieu / lui rendre un culte parfaitement, et ils doivent garder / protéger / purifier le temple.

Mais il y a, bien sûr, des différences. Adam I, dont la descendance est (jusqu’au moment de sa désobéissance) innocente, doit obéir à Dieu à l’intérieur du temple (le jardin) qui est très bon, et le purifier en expulsant le serpent qui contredit Dieu.

Adam II, Jésus-Christ, doit obéir à Dieu à l’extérieur — dans le désert. Marc 1.12 nous dit qu’il a été chassé au désert tout comme Adam I a été chassé du jardin dans Genèse 3.23. Ceux que représente Adam II sont dans l’état de péché et de misère — ils ont dans leurs comptes la culpabilité d’Adam I, ainsi que celle de leurs propres péchés. Son obéissance doit donc inclure non seulement le fait de garder la loi de Dieu, mais aussi le fait de payer le prix pour le péché de ceux qu’il représente.

Préparer le Terrain

Dans l’Ancien Testament, ce besoin d’un changement de représentant se voit surtout au moment dans la trame de l’histoire de la rédemption où l’idée de l’obéissance du Fils de Dieu (dont Israël était un type) se focalise non plus sur toute la nation, mais sur un individu qui la représente — c’est-à-dire au moment de l’établissement du royaume. Au moment où Dieu donne un roi à Israël.

En Saül, Israël avait un représentant indigne, qui devait être remplacé par un représentant digne, un homme selon son cœur — David.

Cette idée est soulignée par l’histoire de Ruth, qui donne l’arrière-plan de la famille de David. Le problème ultime de Ruth et de Naomie, c’est qu’ils ont le mauvais rédempteur — un rédempteur indigne qui refuse de remplir ses devoirs devant la loi. Il n’est même pas digne d’être nommé par l’auteur — dans Ruth 4.1, il l’appelle Monsieur Machin. Il doit donc être remplacé par Booz, le rédempteur digne. C’est l’histoire qui donne l’arrière-plan de David — qui nous donne l’arrière-plan de Jésus, « né de la descendance de David selon la chair » (Romains 1.3).

L’Etat de Péché et de Misère (Q&R 17-19)

Q17. Dans quel état, la chute a-t-elle amené l’humanité ?
R17. La chute a amené l’humanité dans un état de péché et de misère.

Q18. Le péché de l’état en lequel l’humanité a déchu, en quoi consiste-t-il ?
R18. Le péché de l’état en lequel l’humanité a déchu, consiste en la culpabilité du premier péché d’Adam, le manque de justice originelle, et la corruption de sa nature entière — ce que l’on appelle généralement le péché originel; ainsi que toute transgression particulière qui en procède.

Q19. La misère de l’état en lequel l’humanité a déchu, en quoi consiste-t-elle ?
R19. Par la chute, toute l’humanité a perdu la communion avec Dieu, est sous sa colère et sa malédiction, et elle est ainsi assujettie à toutes les misères de cette vie, à la mort même, et aux peines de l’enfer pour toujours.

Une Anthropologie Biblique: Les Quatre Etats de l’Humanité

Les questions 13-16 ont parlé de « l’état » dans lequel l’humanité a été créée. En utilisant ce langage, le catéchisme a introduit le concept d’état, qu’il utilisera pour expliquer tout ce qu’il faut croire par rapport à l’homme. Si l’on veut une anthropologie biblique, il faut comprendre qu’il y a quatre états possibles. Il y a d’abord l’état dans lequel l’homme a été créé — souvent appelé « L’Etat d’Innocence. » Dieu avait proposé à Adam dans l’alliance de la vie (autrement appelée l’alliance des œuvres), la possibilité d’avancer vers l’Etat de Gloire. Puisque l’homme a rejeté cette vie glorieuse que Dieu avait proposée, un troisième état est introduit: l’Etat de Péché et de Misère.

Au commencement, l’homme était innocent, Dieu lui a proposé une vie glorieuse, mais par cette première transgression d’Adam, l’homme est devenu et pécheur et misérable. Un quatrième état s’introduira dans la question 20 — l’Etat de Salut / l’Etat de Grace. Donc voici les quatre états de l’humanité:

  1. L’Etat d’Innocence
  2. L’Etat de Péché et de Misère
  3. L’Etat de Salut / Grâce
  4. L’Etat de Gloire

Depuis la chute, l’homme et pécheur et misérable — il pèche et il souffre.

L’Homme est Pécheur

Nous sommes pécheurs d’abord parce que nous portons tous la culpabilité d’Adam puisque c’était lui notre représentant dans l’alliance que Dieu a conclue avec l’homme. Ce qui fait en sorte que nous sommes nés pécheurs, tout comme quelqu’un qui naît dans un pays en guerre avec un autre pays, naît en guerre avec ce pays. Et cela veut dire aussi que notre nature entière est corrompue. Chaque aspect de notre être est corrompu. Ce sont ces trois choses qui définissent ce que nous appelons « le péché originel. »

En plus de ce péché originel, il y a aussi le fait que nous péchons chaque jour. Nous n’avons pas que le péché originel, nous avons aussi « toute transgression particulière qui en procède. »

L’Homme est Misérable

Le catéchisme met en première place l’élément clé du misère de l’homme: « Par la chute, toute l’humanité a perdu la communion avec Dieu. » Lorsque nous lisons cette première phrase, nous nous rappelons de la phrase de Geerhardus Vos qui a souligné que, dans l’idée de la relation et la communion avec Dieu, dont la forme est l’alliance que Dieu conclue avec l’homme, nous trouvons un des traits distinctifs les plus importants du Protestantisme.

« Selon la conception plus profondément Protestante, l’image n’existe pas seulement en correspondance avec Dieu, mais consiste en une disposition envers lui. »

GEERHARDUS VOS, DOGMATIQUE RÉFORMÉ 2.1.18.C

La phrase « Toute l’humanité a perdu la communion avec Dieu » est une des phrases les plus tragiques que l’on peut jamais lire. Au lieu d’être en communion avec Dieu, nous sommes plutôt « sous sa colère et sa malédiction. » C’est dans le cadre de cette relation détruite que nous lisons que l’humanité « est ainsi assujettie à toutes les misères de cette vie, à la mort même, et aux peines de l’enfer pour toujours. »

Pécheur ET Misérable

Le catéchisme nous montre par la double description de cet état que la vie est compliquée — les êtres humains sont compliqués. Nous cherchons souvent à expliquer pourquoi quelqu’un a commis tel ou tel acte. De nos jours, on entend très souvents des tentatives d’expliquer des actes pécheurs par une souffrance — une maladie mentale par exemple — ce qui pourrait nous donner le droit de ne pas vraiment croire que l’homme est mal.

Mais le catéchisme nous rappel que c’est plus compliqué que ça. Nous portons tous une vraie responsabilité morale devant Dieu — nous sommes pécheurs. Mais nous sommes aussi misérables — les souffrances de ce monde nous mettent sous une pression qui peut faire ressortir notre nature pécheresse.

Le péché est vrai — nous faisons du mal — et notre misère ne justifie pas nos péchés. Mais le misère est vrai — nous souffrons tous — ce qui devrait nous rendre plus miséricordieux face aux péchés des autres.

La Chute (Q&R 13-16)

Q13. Nos premiers parents, ont-ils continué dans l’état dans lequel ils ont été crées ?
R13. Nos premiers parents, laissés à la liberté de leur propre volonté, ont déchu de l’état dans lequel ils ont été créés, en péchant contre Dieu.

Q14. Qu’est-ce que le péché ?
R14. Le péché, c’est un manque quelconque de conformité à, ou une transgression quelconque de, la loi de Dieu.

Q15. Par quel péché nos premiers parents, ont-ils déchu de l’état dans lequel ils ont été créés ?
R15. Le péché par lequel nos premiers parents ont déchu de l’état dans lequel ils ont été créés était qu’ils ont mangé le fruit interdit.

Q16. Toute l’humanité, a-t-elle déchu dans la première transgression d’Adam ?
R16. Puisque l’alliance a été conclue avec Adam, non seulement pour lui-même, mais pour sa postérité, toute l’humanité qui descend de lui par le moyen de la génération ordinaire, a péché en lui, et a déchu avec lui, dans sa première transgression.

Comment l’homme — qui n’était pas neutre, mais, au contraire, disposé par sa nature à faire le bien — aurait-il pu choisir de se rebeller contre Dieu ? Comment Dieu, qui est Souverain sur toutes choses, a-t-il pu ordonner que cela arrive sans être l’auteur du péché ? Ce sont des mystères, mais ce sont des vérités que nous enseigne la Bible, est donc des vérités que nous confessons.

La question 13 nous raconte la suite de l’établissement de l’alliance de la vie/ l’alliance des œuvres avec Adam. La question 14 nous donne une définition très simple et très utile (et utile à apprendre par cœur) du péché.

Quel Péché ?

La question 15 peut nous paraître un peu bizarre. Pourquoi faut-il demander par quel péché l’homme a déchu lorsque nous ne voyons qu’un seul commandement ?

C’est ici que nous retrouvons l’importance d’un aspect du fait que l’homme a été créé dans l’image de Dieu. Le fait d’être dans l’image de Dieu a un coté révélateur, il nous révèle Dieu. Ce ce que Jean Calvin appelle le « sensus divinitatis. »

L’apôtre Jean exprime cette même idée dans Jean 1 lorsqu’il dit que, en la parole (qui a créé toutes choses) « était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1.4). Tout homme vie grâce à cette parole, et cette vie que nous vivons tous est une lumière — elle est révélatrice. Et cette lumière brille même dans les ténèbres (Jean 1.5). C’est pourquoi Paul dira que tout homme connaît Dieu (Romains 1.21).

Il semble, donc, que cette connaissance de Dieu nous révèle aussi sa volonté, sa loi. C’est-à-dire que ce que l’on peut appeler « la loi morale » (qui sera explicitée sous l’administration Mosaïque dans les Dix Commandements) est quand même connue dès le début.

Adam savait bien qu’il ne devrait pas adorer d’autres dieux. Adam savait qu’il devait adorer Dieu selon les instructions de Dieu. Adam savait qu’il devait honorer Dieu dans toutes ses pensées et toutes ses paroles. Adam savait qu’il devait observer le motif qu’a établi Dieu, de six jours de travail et un jour de repos. Adam savait qu’il y avait une structure sociétale à respecter. Adam savait qu’il ne devait pas tuer. Adam savait qu’il devait respecter son mariage. Adam savait qu’il ne devait pas voler. Adam savait qu’il devait honorer la vérité. Adam savait qu’il ne devait pas convoiter.

Et tout ça, il le savait parce qu’il connaissait Dieu et il savait que d’aller contre ces idées déshonorerait Dieu. Le commandement par rapport à l’arbre de la connaissance du bien et du mal était le seul à être explicité dans l’alliance de la vie, et c’est le seul qu’il n’aurait jamais pu connaître par instinct. Il s’agissait d’un commandement quasi-arbitraire. Quant aux autres commandements, il y avait des très bonnes raisons pour les observer ; il y avait une logique très claire. Mais ce n’était que le commandement concernant l’arbre qui servirait de preuve qu’Adam voulait obéir à Dieu tout court.

Ironiquement, par contre, lorsqu’Adam a pris le fruit de cet arbre, il a transgressé tous les commandements de Dieu. Il a choisi de servir un autre dieu — lui-même. Il a refusé de servir Dieu comme il fallait. Il a déshonoré Dieu par ses pensées et ses actes. Il a refusé de faire le travail que Dieu lui a donné de faire et a refusé le repos que Dieu lui proposait. Il a rejeté l’ordre sociétal en se soumettant à son épouse qui s’est soumise à un serpent. Il a commis et le suicide et le meurtre (de son épouse et de sa descendance). Il a déshonoré son mariage en permettant à ce que le serpent trompe son épouse, au lieu de la protéger en tuant le serpent. Il a volé, en prenant quelque chose qui lui avait été interdite. Il a déshonoré la vérité en refusant de croire la parole de Dieu, et en disant que la faute été à son épouse. Il a convoité ce qui n’était pas à lui.

Quel résultat ?

La question 16 nous explique que ce qu’a fait Adam dans Genèse 3 n’est pas seulement le plus grand problème de sa vie — il s’agit également du plus grand problème de la vie de toute sa descendance, c’est-à-dire, de toute l’humanité. Nous sommes tous concernés puisqu’Adam, c’est notre représentant devant Dieu dans l’alliance que Dieu a conclue avec l’homme.

La précision donnée, qu’il s’agit de « toute l’humanité qui descend de lui par le moyen de la génération ordinaire » ne dit pas que la génération ordinaire qui « transmettrait » ce problème ; il s’agit tout simplement de la description des personnes concernées. Son péché, et sa chute, sont devenus les nôtres non pas par une transmission génétique quelconque mais par le principe de notre representation fédérale — par le fait que l’alliance a été conclue pour lui et pour sa déscendance. Il n’y a que deux êtres humains qui ne sont pas descendus d’Adam par moyen de génération ordinaire. D’abord, Eve, qui était quand même représentée par Adam par le fait de son mariage à lui. Et le deuxième, c’est le deuxième et le dernier Adam, Jésus-Christ.

L’histoire de l’humanité est, en réalité, l’histoire de deux hommes, et non pas des milliards. Il y a eu des milliards de personnes dites privées, mais il n’y a eu que deux hommes « publiques » — deux représentants fédéraux. Nous apprendrons, bien sûr, beaucoup sur le deuxième Adam plus tards. Mais d’abord, le catéchisme nous aidera à mieux comprendre l’état dans lequel nous nous trouvons sous le premier Adam.

L’Eschatologie précède la Sotériologie (Q&R 12)

Q12. Quel acte providentiel spécial, Dieu a-t-il exercé envers l’homme dans l’état dans lequel il a été créé ?

R12. Après avoir créé l’homme, Dieu a conclu une alliance de vie avec lui, sous condition d’obéissance parfaite, en lui interdisant de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sous peine de mort.

Ayant établi les principes de la création et de la providence, le Catéchisme nous introduit un « acte providentiel spécial, » que Dieu a exercé, à savoir la conclusion d’une alliance avec l’homme. Souvent, on l’appelle « L’Alliance des Œuvres » pour signifier la condition attachée à l’alliance. Ici, le catéchisme prend l’autre nom possible pour cette alliance, le nom qui signifie ce que l’alliance promettait, à savoir, la vie.

Mais il faut s’arrêter sur ce point-là. La bénédiction proposée n’est pas simplement le fait de ne pas mourir, de continuer dans le même état dans lequel l’homme a été créé. Par cette alliance, Dieu a mis l’homme dans une situation de probation par laquelle il pourrait avancer depuis son état que l’on appelle « l’état d’innocence » vers « l’état de gloire. » Il s’agit du sabbat, et une pleine communion avec Dieu — ce qui est au centre du sens d’être créé dans l’image de Dieu.

Autrement dit, quand on parle plus tard du salut, ou de la rédemption, il ne s’agit pas d’un retour au jardin, d’une simple restauration de ce paradis. Il s’agit d’un avancement à l’état proposé à Adam (mais non pas atteint par lui).

Bien qu’Adam se soit trouvé dans un monde très bon, il y avait la possibilité que l’homme pèche contre Dieu, il y avait la possibilité de la mort, il y avait un serpent à battre. Il fallait qu’Adam, par cette probation, confirme son désir d’obéir à Dieu et de protéger et de purifier le sanctuaire qu’était le jardin au moment de l’entrée du serpent. Et c’était l’interdiction de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal au moment de la tentation qui aurait fait preuve de ce désir.

Une phrase souvent utilisée pour résumer cette idée (surtout trouvée dans l’enseignement de Geerhardus Vos), c’est « L’eschatologie précède la sotériologie. » Quand on parle de sotériologie, on parle de salut ; et l’eschatologie, c’est la fin en vue. Donc, par cette phrase, on veut dire que, même avant le moment où il était question de « sauver » l’homme, il était question de mener l’homme à une fin plus glorieuse que l’état d’innocence dans le jardin d’Eden. Donc même s’il n’y avait pas eu besoin de sotériologie (pas besoin de Sauveur), il y avait quand même de l’eschatologie (une fin plus loin en vue).

Or, il est plus que probable que, même si vous avez grandi dans l’église, vous n’avez jamais entendu l’histoire d’Eden décrite en ces termes-là. C’était mon cas jusqu’à mon arrivée à la faculté de Théologie, et j’ai pris un moment pour comprendre, mais une fois la Bible est comprise en ces termes-là, le reste de la Bible devient beaucoup plus facile à comprendre.

Je me souviens d’avoir demandé à un professeur où on trouve cette idée de probation en vue d’un avancement, et d’avoir reçu la réponse « Ben, dans le texte. » Il avait raison – mais il fallait me montrer où. Voici donc trois points clé qui m’ont aidé à mieux comprendre cette alliance de la vie.

1. L’Arbre de la Vie

Dans le jardin d’Eden, il y avait l’arbre de la vie (associé avec une rivière qui arrosait le jardin), qui représentait la vie proposée à Adam de manière sacramentale. Et à la fin de Genèse 3, il semble qu’Adam et Eve n’avaient pas encore pu manger de cet arbre, et la conséquence principale d’être expulsés du jardin d’Eden, c’était ne pas pouvoir acceder à cette arbre de la vie.

Il faudrait attendre la fin, et le salut accompli par Jésus, le deuxième et dernier Adam, pour accéder à l’arbre de la vie (Apoc. 2.7, 22.2, 14).

2. Le Sabbat

Au début de Genèse 2, on voit Dieu qui entre dans son repos. Il a complété une œuvre, et il entre dans son repos. Et la question implicite qui nous reste, c’est, comment l’homme peut-il entrer dans ce repos de Dieu ? Quelle est l’œuvre requise ? L’alliance de la vie était la réponse à cette question. Et suite à la rébellion d’Adam, la réponse est la même, mais cette fois-ci un autre Adam nous est proposé qui pourra obéir parfaitement pour nous.

C’est pourquoi l’Exode, qui typifie le salut en Jésus, est décrit en termes d’entrée dans le repos de Dieu. Et c’est donc pourquoi l’auteur de l’épître aux Hébreux parle dans Hébreux 3-4 du repos qui nous attend. La possibilité d’entrer dans le repos de Dieu — le repos que Dieu a entré dans Genèse 2 — est encore là, est nous est promise en Jésus-Christ.

3. Le Corps Spirituel

A la fin du chapitre 15 de 1 Corinthiens, Paul parle de la résurrection et compare deux types de corps. Le corps naturel (ou « le corps psychique »/ »le corps de l’âme), et le corps spirituel (ou « le corps pneumatique »/ »le corps de l’Esprit »). Dans les versets 42-44a, lorsque Paul parle du « corps de l’âme » il parle du corps qui meurt — le corps après la chute.

Mais au verset 45, Paul élargi cette catégorie du « corps de l’âme » en l’associant avec le corps d’Adam avant la chute, par son allusion à Genèse 2.7: « Le premier homme, Adam, devint un être vivant (lit. une âme vivante). Le dernier Adam est devenu Esprit vivifiant. »

En gros, Adam veut dire que lorsque l’on compare le corps d’Adam après la chute et le corps Jésus après la résurrection, il a bien évidemment une différence énorme. Mais aussi, même si on compare Adam avant la chute, et Jésus après la résurrection, on a quasiment la même différence entre les deux. En comparaison avec le Christ ressuscité, même le corps pré-chute d’Adam apparaît relativement mort.

Paul dit encore plus — il nous reste le verset 44b: « S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel. » C’est-à-dire, même au moment de la création du corps naturel d’Adam, c’était en vue de le transformer en corps spirituel. Le corps naturel était toujours provisoire.

Geerhardus Vos l’exprime ainsi, dans ce que mes profs appelaient souvent « la note de bas de page la plus importante dans toute la littérature réformée » :

« L’Apôtre voulait montrer que, dans le plan de Dieu, il était envisagé, dès le début, une sorte de corps supérieure à notre existence actuelle. Du corps anormal du péché, aucune inférence ne peut être tirée quant à l’existence d’une autre sorte de corps. L’anormal est l’eschatologique ne sont pas si logiquement corrélés que l’un puisse être postulé de l’autre. Mais le monde de la création et le monde de l’eschatologie sont corrélés ainsi, l’un pointe vers l’autre ; sur le principe de la typologie, le premier Adam préfigure le deuxième Adam, le corps psychique préfigure le corps pneumatique. »

— Geerhardus Vos, « The Eschatological Aspect of the Pauline Conception of the Spirit » dans « Redemptive History and Biblical Interpretation »

Bien sûr, on connait l’histoire, Adam n’a pas obéi à Dieu parfaitement. Il a choisi plutot de se rebeller contre lui. Et c’est ce que l’on verra dans les questions qui suivent. Mais ce principe que l’eschatologie précède la sotériologie nous aidera beaucoup à comprendre ce que l’on apprend plus tard par rapport à notre salut.

La Providence: Ce sont de bonnes mains (Q&R 11)

Q11. Les œuvres de providence de Dieu, que sont-elles ?

R11. Les œuvres de providence de Dieu, très saintes, sages, et puissantes, sont celles par lesquelles il préserve et gouverne toutes ses créatures et toutes leurs actions.

1. Dieu, le grand Créateur de toutes réalités, soutient, dirige, emploie et gouverne toutes les créatures, actions et choses, des plus grandes aux plus petites, par sa très sage et sainte providence, selon sa prescience infaillible et le libre et immuable conseil de sa volonté, à la louange de sa sagesse, de sa puissance, de sa justice, de sa bonté et de sa miséricorde glorieuses.

Confession de Foi de Westminster – Chapitre 5 – « La Providence »

Avec la doctrine de la providence de Dieu, nous faisons face à de grands mystères. Surtout par rapport au mal dans le monde.

2. Quoique, par rapport à la prescience et au décret de Dieu, la Cause première, toutes choses arrivent immuablement et infailliblement, Dieu fait, cependant, par la même providence, qu’elles se produisent selon leur nature de causes secondes, soit nécessairement, soit librement, soit de manière contingente.
3. Dans sa providence, Dieu se sert habituellement de moyens ; cependant, il est libre d’agir, s’il lui plait, sans moyens, ou en plus d’eux, ou à l’encontre d’eux.
4. La puissance sans limites, la sagesse insondable et l’infinie bonté de Dieu se manifestent elles-mêmes dans sa providence jusqu’à s’étendre même à la première chute et à tous les autres péchés des anges et des hommes ; et cela, non pas en les leur permettant seulement, mais parce que, sous certains rapports, il les tient en bride, et dispose d’eux et les gouverne, de multiples manières, en vue de ses propres fins qui sont saintes ; cependant, seule la créature est coupable et non pas Dieu, qui, étant très saint et juste, ne peut ni être l’auteur du péché, ni l’approuver.

Confession de Foi de Westminster – Chapitre 5 – « La Providence »

Un des versets qui expriment le plus explicitement ce mystère de la providence de Dieu, se trouve vers la fin de la Genèse, où Joseph dit à ses frères, qui l’ont maltraité:

“Vous avez conçu le mal contre moi; Dieu l’a conçu pour le bien.”

Genèse 50.20

Le verset est souvent mal traduit. Plusieurs dit « mais Dieu l’a tourné/changé pour le bien. » Mais le même verbe est employé – c’est à la foi les frères et Dieu qui ont conçu ce qui s’est passé. Les frères l’ont conçu pour le mal, et Dieu l’a conçu pour le bien.

En commentant sur l’enseignement de la Confession de Foi de Westminster, le professeur Chad Van Dixhoorn dit ceci:

Nous oublions ces choses-la parfois, lorsque nous nous plaignons de nos petits problèmes, ou lorsque nous oublions de louer Dieu pour nos petites bénédictions. Mais toujours est-il, comme Jésus a rappelé à ses disciples, que toutes choses sont sous la garde de Dieu, ‘des plus grandes aux plus petites’. Toutes choses sont sous sa direction, même le moineau qui tombe malheureusement du ciel; même les cheveux qui tombent malheureusement de nos têtes (Matt. 10.29-31). Toutes choses sont entre les mains de Dieu, mais cela consolerait peu le peuple de Dieu si jamais nous oubliions que ce sont des bonnes mains.

Chad Van Dixhoorn – Confessing the Faith

Et encore:

On dit que la permission de Dieu du premier péché est un grand mystère, et elle l’est. Mais le mystère est petit par rapport à la vraie merveille de la providence de Dieu—qu’il a donné son Fils unique pour qu’il porte notre péché et qu’il souffre notre punition.

Chad Van Dixhoorn – Confessing the Faith

La Providence: Rien n’est égal à Dieu (Q&R 11)

Q11. Les œuvres de providence de Dieu, que sont-elles ?

R11. Les œuvres de providence de Dieu, très saintes, sages, et puissantes, sont celles par lesquelles il préserve et gouverne toutes ses créatures et toutes leurs actions.

Ayant parlé de l’œuvre de la Création, le catéchisme traite la deuxième œuvre par laquelle Dieu réalise ses décrets, qui couvre tout ce qui suit la Création.

Geerhardus Vos définit la providence ainsi :

L’œuvre éternelle de Dieu par laquelle il cause l’univers créé, par rapport à sa substance, à continuer à exister. Par rapport à sa puissance, il le cause à opérer ; et par rapport à ses opérations, à atteindre le but qu’il a destiné.

Vos – Dogmatique Réformé 1.7.1

Ce n’est que grâce à Dieu que les choses créées (c’est-à-dire, tout ce qui existe et qui n’est pas Dieu) continuent à exister, qu’elles peuvent opérer selon les capacités que Dieu leur à données, et qu’elles arrivent accomplir le but que Dieu a destiné pour elles. C’est ici que nous voyons que la doctrine de la providence de Dieu est beaucoup plus complète que l’on n’aurait pensé. Cela nous aide à mieux comprendre ce que signifie le fait que Dieu soit Dieu. Vos continue…

La providence, est-elle, par rapport à la préservation, une œuvre purement négative, qui consiste en ce que Dieu ne détruit pas l’univers créé ?
Non, il s’agit d’une œuvre positive, car il ne peut être vrai que pour Dieu qu’il reste là où il est toujours. Dieu seul est l’être absolu. L’existence de l’univers ne constitue pas, en elle-même, un motif suffisant pour le fait de continuer d’exister. Il faut une nouvelle œuvre de Dieu pour cela, que nous appelons la préservation. Le manque d’appréciation de cette nécessité se base sur une conception déistique de Dieu, et une vision déistique du monde. La doctrine biblique, Réformée se fraye un chemin entre les deux extrêmes que sont le panthéisme, de le déisme.

Vos – Dogmatique Réformé 1.7.4

La vision biblique de Dieu, et du monde, n’est ni panthéiste (où tout ce qui existe est divin, ou existe par lui-même), ni déiste (où Dieu a jeté le dès, mais c’est tout). Toute chose dépend entièrement de Dieu. S’il existait quelque chose qui ne dépend pas de Dieu pour son existence ou pour sa capacité d’opérer, cette chose serait égale à Dieu.