La Providence: Ce sont de bonnes mains (Q11)

Q11. Les œuvres de providence de Dieu, que sont-elles ?

R11. Les œuvres de providence de Dieu, très saintes, sages, et puissantes, sont celles par lesquelles il préserve et gouverne toutes ses créatures et toutes leurs actions.

1. Dieu, le grand Créateur de toutes réalités, soutient, dirige, emploie et gouverne toutes les créatures, actions et choses, des plus grandes aux plus petites, par sa très sage et sainte providence, selon sa prescience infaillible et le libre et immuable conseil de sa volonté, à la louange de sa sagesse, de sa puissance, de sa justice, de sa bonté et de sa miséricorde glorieuses.

Confession de Foi de Westminster – Chapitre 5 – « La Providence »

Avec la doctrine de la providence de Dieu, nous faisons face à de grands mystères. Surtout par rapport au mal dans le monde.

2. Quoique, par rapport à la prescience et au décret de Dieu, la Cause première, toutes choses arrivent immuablement et infailliblement, Dieu fait, cependant, par la même providence, qu’elles se produisent selon leur nature de causes secondes, soit nécessairement, soit librement, soit de manière contingente.
3. Dans sa providence, Dieu se sert habituellement de moyens ; cependant, il est libre d’agir, s’il lui plait, sans moyens, ou en plus d’eux, ou à l’encontre d’eux.
4. La puissance sans limites, la sagesse insondable et l’infinie bonté de Dieu se manifestent elles-mêmes dans sa providence jusqu’à s’étendre même à la première chute et à tous les autres péchés des anges et des hommes ; et cela, non pas en les leur permettant seulement, mais parce que, sous certains rapports, il les tient en bride, et dispose d’eux et les gouverne, de multiples manières, en vue de ses propres fins qui sont saintes ; cependant, seule la créature est coupable et non pas Dieu, qui, étant très saint et juste, ne peut ni être l’auteur du péché, ni l’approuver.

Confession de Foi de Westminster – Chapitre 5 – « La Providence »

Un des versets qui expriment le plus explicitement ce mystère de la providence de Dieu, se trouve vers la fin de la Genèse, où Joseph dit à ses frères, qui l’ont maltraité:

“Vous avez conçu le mal contre moi; Dieu l’a conçu pour le bien.”

Genèse 50.20

Le verset est souvent mal traduit. Plusieurs dit « mais Dieu l’a tourné/changé pour le bien. » Mais le même verbe est employé – c’est à la foi les frères et Dieu qui ont conçu ce qui s’est passé. Les frères l’ont conçu pour le mal, et Dieu l’a conçu pour le bien.

En commentant sur l’enseignement de la Confession de Foi de Westminster, le professeur Chad Van Dixhoorn dit ceci:

Nous oublions ces choses-la parfois, lorsque nous nous plaignons de nos petits problèmes, ou lorsque nous oublions de louer Dieu pour nos petites bénédictions. Mais toujours est-il, comme Jésus a rappelé à ses disciples, que toutes choses sont sous la garde de Dieu, ‘des plus grandes aux plus petites’. Toutes choses sont sous sa direction, même le moineau qui tombe malheureusement du ciel; même les cheveux qui tombent malheureusement de nos têtes (Matt. 10.29-31). Toutes choses sont entre les mains de Dieu, mais cela consolerait peu le peuple de Dieu si jamais nous oubliions que ce sont des bonnes mains.

Chad Van Dixhoorn – Confessing the Faith

Et encore:

On dit que la permission de Dieu du premier péché est un grand mystère, et elle l’est. Mais le mystère est petit par rapport à la vraie merveille de la providence de Dieu—qu’il a donné son Fils unique pour qu’il porte notre péché et qu’il souffre notre punition.

Chad Van Dixhoorn – Confessing the Faith
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La Providence: Rien n’est égal à Dieu (Q&R 11)

Q11. Les œuvres de providence de Dieu, que sont-elles ?

R11. Les œuvres de providence de Dieu, très saintes, sages, et puissantes, sont celles par lesquelles il préserve et gouverne toutes ses créatures et toutes leurs actions.

Ayant parlé de l’œuvre de la Création, le catéchisme traite la deuxième œuvre par laquelle Dieu réalise ses décrets, qui couvre tout ce qui suit la Création.

Geerhardus Vos définit la providence ainsi :

L’œuvre éternelle de Dieu par laquelle il cause l’univers créé, par rapport à sa substance, à continuer à exister. Par rapport à sa puissance, il le cause à opérer ; et par rapport à ses opérations, à atteindre le but qu’il a destiné.

Vos – Dogmatique Réformé 1.7.1

Ce n’est que grâce à Dieu que les choses créées (c’est-à-dire, tout ce qui existe et qui n’est pas Dieu) continuent à exister, qu’elles peuvent opérer selon les capacités que Dieu leur à données, et qu’elles arrivent accomplir le but que Dieu a destiné pour elles. C’est ici que nous voyons que la doctrine de la providence de Dieu est beaucoup plus complète que l’on n’aurait pensé. Cela nous aide à mieux comprendre ce que signifie le fait que Dieu soit Dieu. Vos continue…

La providence, est-elle, par rapport à la préservation, une œuvre purement négative, qui consiste en ce que Dieu ne détruit pas l’univers créé ?
Non, il s’agit d’une œuvre positive, car il ne peut être vrai que pour Dieu qu’il reste là où il est toujours. Dieu seul est l’être absolu. L’existence de l’univers ne constitue pas, en elle-même, un motif suffisant pour le fait de continuer d’exister. Il faut une nouvelle œuvre de Dieu pour cela, que nous appelons la préservation. Le manque d’appréciation de cette nécessité se base sur une conception déistique de Dieu, et une vision déistique du monde. La doctrine biblique, Réformée se fraye un chemin entre les deux extrêmes que sont le panthéisme, de le déisme.

Vos – Dogmatique Réformé 1.7.4

La vision biblique de Dieu, et du monde, n’est ni panthéiste (où tout ce qui existe est divin, ou existe par lui-même), ni déiste (où Dieu a jeté le dès, mais c’est tout). Toute chose dépend entièrement de Dieu. S’il existait quelque chose qui ne dépend pas de Dieu pour son existence ou pour sa capacité d’opérer, cette chose serait égale à Dieu.

Pas d’Adam, Pas de Rédemption

gaffin« Si ce n’est pas vrai que tout être humain descend d’Adam, en tant que premier être humain, toute l’histoire de la rédemption, documentée dans l’histoire, se défait. Le résultat, c’est que l’on ne peut pas parler de l’histoire rédemptrice dans un sens crédible ou cohérent, et on ne peut pas véritablement parler d’histoire rédemptrice. »

– Richard Gaffin, dans l’avant-propos du traducteur dans « Adam in the New Testament » (J. P. Versteeg), page X.

Imago Dei (Q9-10)

Q9. Qu’est-ce que l’œuvre de la création ?
R9. L’œuvre de la création est celle dans laquelle Dieu a créé toutes choses de rien, par la parole de sa puissance, en six jours, et toutes très bonnes.

Q10. Comment Dieu a-t-il créé l’homme ?
R10. Dieu a créé l’homme, homme et femme, d’après sa propre image, en connaissance, justice, et sainteté, avec la domination sur les créatures.

C’est lorsque l’on parle de l’image de Dieu que l’on découvre que la théologie Protestante (et Réformée, surtout) represente une avancée dans la compréhension de l’église. La position réformée soutient qu’il faut distinguer entre un sens large de l’image de Dieu, et un sens étroit.

La distinction devient nécessaire lorsque l’on pose la question « Qu’en est-il de l’image après la chute de l’homme ? » Au risque de trop schématiser les choses, la réponse Luthérienne, c’est que l’image est entièrement perdue et détruite. Et la réponse de l’église Catholique, c’est que l’image reste intacte (la perte que représente la chute, c’est la perte d’un ‘don surajouté’, le ‘donum superadditum’).

Pour les Catholiques, “La grâce n’est pas seulement réparatrice, mais elle est l’élévation et l’achèvement de la nature. C’est à cette position que les Réformés se sont opposés par principe fondamental.”Herman Bavinck, Dogmatique Réformé 2.549

La réponse Réformée, c’est que l’image de Dieu, au sens, large est gravement endommagée, mais pas perdue ; et c’est au sens étroit qu’elle est perdue.

La question 17 du Grand Catéchisme nous donne une définition plus complète de l’image de Dieu:

Après avoir créé toute autre créature, Dieu a créé l’homme, homme et femme ; il a façonné l’homme de la poussière du sol, et la femme de la côte de l’homme, il les a dotés d’âmes vivantes, raisonnables, et immortelles ; il les a créés à son image, en connaissance, justice, et sainteté ; ayant la loi de Dieu gravée dans leurs cœurs, et la puissance de l’accomplir, et la domination sur les créatures ; pourtant susceptible de chuter.

Le corps, l’âme, la loi gravée dans nos cœurs, la puissance de l’accomplir (c’est-à-dire être en position de devoir l’accomplir), et la domination sur les créatures – tout cela rentre dans le sens large de l’image de Dieu. Ce que l’homme a perdu, le sens étroit, c’est la vraie connaissance (Col. 3.10), la justice, et la sainteté (Eph. 4.24).
Ce que l’homme à perdu à la chute, c’est la capacité d’obéir à la loi de Dieu.
Tout cela nous mène à voir que l’homme a été créé en relation avec Dieu, en alliance avec lui. Et même si, jusqu’à ce point-là, les termes de l’alliance ne sont pas encore précisés (pour cela, il faut un acte de providence – voir la question 12), la création de l’homme dans l’image de Dieu jette les bases de cet acte.

Comme le dit Geerhardus Vos:

a_young_geerhardus_johannes_vos_281862e28093194929“Selon la conception plus profondément Protestante, l’image n’existe pas seulement en correspondance avec Dieu, mais consiste en une disposition envers lui.”Geerhardus Vos, Dogmatique Réformé 2.1.18.c

Ce n’est pas tout simplement que nous lui ressemblons, mais nous sommes en relation avec lui, par nature.

C’est pourquoi, bien sûr, nous croyons que la raison d’être principale de l’homme, c’est de glorifier Dieu, et de trouver sa joie en lui éternellement.

Ex Nihilo (Q9-10)

Q9. Qu’est-ce que l’œuvre de la création ?
R9. L’œuvre de la création est celle dans laquelle Dieu a créé toutes choses de rien, par la parole de sa puissance, en six jours, et toutes très bonnes.

Q10. Comment Dieu a-t-il créé l’homme ?
R10. Dieu a créé l’homme, homme et femme, d’après sa propre image, en connaissance, justice, et sainteté, avec la domination sur les créatures.

Suite à la question 8, le Catéchisme parle désormais de la réalisation des décrets de Dieu, qui se fait par deux types d’œuvres, la création et la providence.

La définition de la doctrine de la création, telle quelle est définie par le Petit Catéchisme, est très simple. Elle comprend cinq éléments.

  • Dieu a créé toutes choses.
  • Il a créé toutes choses « ex nihilo » – de rien.
  • Il a créé toutes choses par parole de sa puissance.
  • Il a créé toutes choses en six jours.
  • Lorsqu’il a créé toutes choses, toutes choses étaient très bonnes.

Si on a du mal avec une de ces cinq éléments, la plupart dirait probablement que c’est le quatrième – six jours. Et les croyants en débattent beaucoup. S’agit-il de six jours « 24 heures, » de six très longues périodes, six jours de réorganisation mais après que le ciel et la terre aient déjà existé pendant longtemps, ou même tout simplement une figure de style pour donner une présentation bien organisée ? Il y a le pour le contre pour chaque position.

La Bible ne nous donne tous les détails, tout comme chacune des positions est moins détaillée que l’on aurait voulu croire. Par exemple, puisqu’une heure, par définition, c’est un jour divisé par vingt-quatre, un jour a forcément vingt-quatre heures quelle que soit sa longueur. La phrase « six jours vingt-quatre heures » ne veut pas donc dire tout ce que l’on aimerait qu’elle veuille dire (voir l’article « Time in Genesis 1 » de Vern Poythress). Mais, comme Herman Bavinck l’explique, le texte-même, sans nous parler de détails techniques, nous dit assez:

“L’essence d’un jour et d’une nuit ne consiste pas en leur durée (qu’ils soient plus courts ou plus longs) mais plutôt dans l’alternance de lumière et de ténèbres.”

Bavinck, Dogmatique Réformé 2.499

Mais en réalité, même si l’on débat de la durée, il y a une partie que l’on a tendance à rejeter, au moins implicitement, à savoir que Dieu a créé toutes choses. Même si nous disons que nous l’acceptons, nous oublions très facilement que nous sommes ses créatures. Quelqu’un nous a créés, nous a façonné. Et nous lui devons tout. Comment comprendre ce devoir? Pour cela, il faut méditer un peu plus la question 10.

La Main Douce du Père

800px-john_calvin_-_young“[Les psaumes contiennent] tout enseignement qui peut servir pour réformer notre vie à toute sainteté, droiture et justice… Principalement, toutefois, il nous enseignera, et nous conduira à porter la croix, qui est une vraie épreuve de notre obéissance, à savoir, d’autant que, renonçant à nos propres affections, nous nous soumettons entièrement à Dieu,  et le laissons tellement nous gouverner et disposer notre vie, que les misères qui sont les plus rudes et amères à notre nature, nous deviennent douces, d’autant qu’elles procèdent de lui.”

 Jean Calvin, Commentaire sur les Psaumes (Introduction)

La Souveraineté de Dieu (Q&R 7-8)

Q7. Les décrets de Dieu, que sont-ils ?
R7. Les décrets de Dieu sont sa décision éternelle, selon le conseil de sa volonté, par laquelle, pour sa propre gloire, il a préordonné tout ce qui se passe.

Q8. Comment Dieu, réalise-t-il ses décrets ?
R8. Dieu réalise ses décrets dans les œuvres de la création et de providence.

Après les questions 4-6, qui traitent directement la doctrine de Dieu, parfois appelée la Théologie Propre, où il s’agit de Dieu en lui-même sans référence à quoi que ce soit à l’extérieur de lui. Là dans les questions 7 et 8 on commence à parler de Dieu “ad extra” — on fait référence aux choses à part lui.

Prof•fondeur - WSC 7-8.001

Lorsque l’on parle des décrets de Dieu, comme le souligne Geerhardus Vos (Dogmatique Réformé 1.4.3), on met l’accent sur sa souveraineté, sa liberté, et sa sagesse.

L’enseignement des deux questions, en lui-même, et plutôt claire et simple. Mais, bien sûr, la question qui sort très souvent lorsque l’on parle de la souveraineté de Dieu, c’est “Qu’en est-il de la liberté de l’homme?”

a_young_geerhardus_johannes_vos_281862e28093194929Geerhardus Vos (Dogmatique Réformé 1.4.7-8) nous aide à comprendre en nous proposant de voir trois conceptions de la liberté.

1) “La conception Pélagienne du libre-arbitre [c’est-à-dire, d’après l’hérétique Pélage] qui équivaut à l’auto-détermination sans cause.”

C’est-à-dire, une liberté où l’on est entièrement neutre, il n’y a jamais quelque chose de particulier qui nous motive à faire quoi que ce soit. Vos dira, et c’est logique, que cette conception ne s’applique à personne, même pas à Dieu:

“En substance, c’est de l’incertitude ; elle est donc incompatible avec toute sorte de certitude, et donc incompatible avec la certitude du décret de Dieu.”

Ici on voit le début d’une distinction que fait Vos entre deux aspects du décret de Dieu. La détermination, où Dieu ordonne la nature d’une chose où d’un acte / événement ; et la certitude, où Dieu ordonne qu’une chose existe ou qu’un acte se fait ou qu’un événement se passe.

Une autre distinction peut se faire aussi entre le fait d’ordonner la certitude de quelque chose, et de causer quelque chose.

Si la conception pélagienne a cours, il n’y a que de l’incertitude.

2) La liberté d’Adam avant la chute — une liberté unique, que nous ne connaissons pas.

“La différence [entre la première et la deuxième conception] se trouve dans le fait que nous ne concevons pas de la nature d’Adam comme une balance en équilibre. Adam était entièrement saint et bon.”

3) Une liberté où chaque action est issue d’une impulsion intérieure.

Par exemple, dans le cas d’un homme de nature pécheresse:

“L’homme pèche tout simplement parce que son âme pécheresse le pousse à pécher.”

Ce qui nous laisse dans le noir par rapport à notre compréhension du choix d’Adam de pécher contre Dieu.

“Il faut dire également que la relation du décret de Dieu à ce premier péché et inexplicable aussi. Ceci est certain: le péché … n’est pas venu de Dieu, mais il reçoit sa certitude de la part du décret de Dieu. La cause du péché se trouve dans l’homme, mais aussi, le péché n’a obtenu ni sa détermination ni sa certitude à part du décret permissif de Dieu.”

Quant à la troisième conception que nous connaissons:

“Dieu, le Tout-Présent, et le Tout-Puissant, et le Personnel, peut gouverner l’homme de façon à ce que l’homme ne peut rien faire sans sa volonté et sa permission, et à ce qu’il fait tout de lui-même en pleine liberté. L’œuvre de Dieu ne détruit pas la liberté de la créature, mais, justement, est son fondement.”

Oui, ce n’est pas facile à comprendre. C’est normal ! Mais il vaut le coup de contempler la bonne nouvelle que Dieu est souverain.

Jean Calvin le dit ainsi:

Je dis que c’est la plus grande misère que puisse avoir l’homme, d’ignorer la providence de Dieu ; et d’autrepart, que celui est une singulière béatitude, de la bien connaître. Si la providence de Dieu reluit au cœur fidèle, non seulement il sera délivré de la crainte et détresse de laquelle il était pressé auparavant, mais sera relevé de toute doute. Car comme à bon droit nous craignons la fortune, aussi nous avons bonne raison de nous oser hardiment permettre à Dieu. Ce nous est donc un soulagement merveilleux d’entendre que le Seigneur tient tellement toutes choses en sa puissance, gouverné par son vouloir, et modéré par sa sapience, que rien ne vient sinon comme il l’a destiné.

— Institution de la Religion Chrétienne 1.17.11